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Le nouveau plan de Touraine contre les déserts médicaux

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urgencesMême s’il existe un problème général de numérus clausus — c’est-à-dire de l’idée folle que l’on peut faire pression à la baisse sur la demande de soin en restreignant l’offre — la désertification médicale n’est pas un problème isolé issu d’un tropisme inné des professions médicales pour les zones urbaines.

Il s’agit de la conséquence logique et inévitable de l’abandon de la politique d’aménagement du territoire depuis plus de 20 ans et donc de la sous-dotation des territoires ruraux en équipements et services publics.

On pourra inciter autant qu’on le souhaite les jeunes médecins à s’installer en grande ruralité, on ne résoudra pas ainsi le problème sociologique que l’on a créé délibérément. En effet, les jeunes médecins — tout comme les jeunes agriculteurs — ne sont pas des cultures hors sol, ils sont le fruit d’une politique et d’un contexte social et font les choix logiques que l’on peut attendre d’eux : se regrouper dans les espaces urbains. Plusieurs raisons à cela, systématiquement écartées du débat public :

  • La très forte sélection du système scolaire français garantit une forte homogénéité des profils de jeunes médecins : ils sont majoritairement urbains, issus des classes supérieures et moyennes supérieures. Ils sont donc particulièrement inadaptés à la vie rurale et à ses problématiques. Ils n’ont aucune motivation à y aller.
  • L’exercice libéral de la médecine est pratiquement la règle pour les jeunes médecins qui sont éduqués dans les centres hospitaliers des zones urbaines et qui doivent donc, après leur diplôme, travailler à leur compte, essentiellement dans des remplacements de médecins possédant cabinet et clientèle. L’exercice libéral de la médecine privilégie logiquement la quantité sur la qualité : pour être rentable, un remplacement doit se faire dans une zone peu éloignée, connue et avec un fort potentiel de patients. Sinon, le jeune remplaçant ne peut pas correctement gagner sa vie. La médecine rurale est beaucoup moins rémunératrice que l’abattage de ville!
  • La fermeture des centres de soins et hôpitaux de proximité limite fortement les possibilités d’implantation rurale pour les jeunes médecins qui préfèreraient le salariat. Là aussi, les possibilités d’emploi sont plutôt dans les zones urbaines. Les maisons de santé rurales sont des regroupements de médecins libéraux et non des structures salariant les professionnels de soin.
  • La sociologie des médecins a complètement changé depuis 30 ans. Une forte proportion des nouveaux médecins généralistes sont des femmes. La longueur des études fait qu’elles commencent à exercer à peu près à l’âge où elles fondent une famille. Le schéma habituel du médecin de campagne qui épouse une infirmière qui garantit ainsi son implantation territoriale est obsolète. Les jeunes généralistes ont des compagnons eux aussi fortement diplômés qui ne peuvent donc trouver des emplois qualifiés à la hauteur de leur formation en zone rurale. En effet, les emplois à forte valeur ajoutée se concentrent dans les zones urbaines et la nouvelle politique de métropolisation des régions ne va absolument pas modifier la donne, bien au contraire. Ainsi, l’installation en zone rurale revient à sacrifier systématiquement la carrière du compagnon ou de la compagne, une situation intenable à court terme et qui explique que nombre de jeunes médecins qui ont tenté l’aventure rurale ont assez rapidement renoncé, faute de débouchés sérieux pour leur conjoint.
  • De la même manière, les jeunes médecins tendent à avoir des enfants et donc à attendre un certain nombre de services afférents : crèche, écoles, loisirs, etc. Services à l’enfance qui sont en nette régression ces dernières années où la rigueur budgétaire l’emporte sur toute autre considération : fermeture des classes, éloignement des écoles, manque de moyens, personnels, etc. L’école rurale est en danger, les loisirs destinés à l’enfance se maintiennent plus ou moins bien, portés à bout de bras par des associations à leur tour menacées par de nouvelles coupes budgétaires. De la même manière, les enfants de médecins grandissent et tendent à chercher des filières de qualité et d’excellence (reproduction sociale) dont sont privés les petits ruraux, sauf possibilités financières d’exil urbain.

Autrement dit, les zones rurales ne présentent que des inconvénients pour les populations actuelles de jeunes médecins et ce n’est pas une incitation financière qui répondra à leurs préoccupations familiales diverses. Les médecins — comme n’importe quelle profession — vont dans les zones attractives en termes d’équipements, de services et de potentiel économique, pas dans les zones de relégation sous-dotées.

L’abandon programmé de la politique de péréquation des territoires par la loi NOTRe devrait amplifier le phénomène de désertification des territoires ruraux, limités au rôle qui leur a été échu par la métropolisation : producteurs de ressources alimentaires et de loisirs pour les zones urbaines.

Depuis 2013, 480 jeunes médecins ont déjà signé un contrat avec l’État pour exercer en libéral dans une «zone sous-dotée».
Autre objectif affiché, la ministre vise le seuil de 1000 maisons et centres de santé opérationnels d’ici 2017. En 2012, il existait 174 de ces structures où exercent plusieurs professionnels de la santé. Elles sont 800 aujourd’hui.

Source : INFO LE FIGARO – Le nouveau plan de Touraine contre les déserts médicaux


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